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En septembre 2013, François Hollande et Arnaud Montebourg dévoilaient les 34 plans de reconquête composant les priorités de la politique industrielle de la France, et destinés à “construire la France de la troisième révolution industrielle”. Parmi ces 34 plans, l’un concerne spécifiquement l’usine du futur, dont la feuille de route a été rendu publique le 7 mai dernier. A la différence des 33 autres, ce plan présente la particularité d’être transversal et de concerner un grand nombre de filières.

Nous sommes entrés dans une ère où des technologies clés arrivent à maturité, ou au moins à un degré de crédibilité qui permet d’envisager, effectivement, les prémices d’une fonctionnementtroisième révolution industrielle. On pense à l’impression 3D, à la robotique intelligente, à la communication de machine à machine (M2M), ou encore aux technologies permettant de gérer les opérations de production en temps réel, réagissant aux événements et informations qui remontent du terrain. L’articulation de ces différentes technologies va permettre d’automatiser et d’optimiser les productions manufacturières de demain, avec un très grand degré de flexibilité, de réactivité et d’adaptabilité aux modifications de la demande.

Parmi les questions fondamentales qui accompagnent cette évolution majeure, certaines ne sont pas nouvelles et renvoient à une crainte qui existait déjà à l’époque des précédentes révolutions industrielles : celle de voir la machine remplacer l’homme.

 

La place de l’homme dans l’usine du futur

Les capteurs, les systèmes d’information et les logiciels vont-ils devenir les chefs d’orchestre quasi-autonomes des usines du futur ? Les ouvriers vont-ils être supplantés par des robots capables de gérer une chaine de montage de bout en bout, de manipuler des palettes, de préparer des commandes… et de prendre des décisions ?

La feuille de route publiée il y a quelques semaines par le gouvernement livre quelques pistes. En parallèle des objectifs de modernisation de l’outil de production français et de restauration de la compétitivité de notre industrie, elle inscrit la “place de l’homme dans l’usine” comme l’un de ses principaux projets de R&D : “L’usine de demain devra être plus écologique et sobre en ressources, plus intelligente, […] et devra remettre l’humain au cœur de la relation homme-machine”. Il s’agit de valoriser l’homme, pas de le supprimer. L’introduction de plus de robotique intelligente et plus d’automatismes dans les usines de demain ne se fait pas forcément au détriment du facteur humain. Peut-être est-ce même le contraire.

 

L’exemple de Toyota

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© Photo: Reuters

Au Japon, Toyota est en train de développer une approche pour le moins inattendue. Comme le rapportait récemment Bloomberg, le fabricant automobile est en train de remplacer certaines machines par… des hommes. Plusieurs dizaines de processus robotisés sont remplacés, depuis environ trois ans, par des processus manuels. Il ne s’agit pas d’un retour en arrière, mais bien d’un mouvement d’optimisation des processus de production et d’une volonté de les rendre plus efficace. Et ça marche. En trois ans, le fabricant automobile réduit de 10% le gaspillage dans la production de certaines pièces et a réduit certains coûts de production, comme pour les châssis et les arbres de direction.

Que nous enseigne l’exemple de Toyota ? Que la qualité et l’efficacité ne peuvent pas dépendre uniquement des robots et des processus automatisés. Dans un contexte où les rappels de véhicules se sont multipliés ces dernières années en raison de défauts de conception ou de fabrication, la démarche de Toyota prend encore plus de sens. Les machines et les robots, sans les hommes, ne peuvent pas améliorer les processus de production au niveau exigé par le marché, qui plus est avec des temps de conception et développement qui se sont drastiquement raccourcis ces dernières années. Les machines et les robots, sans les hommes, restent des ouvriers moyens. Avec les hommes, ils peuvent progresser vers l’excellence. La feuille de route de l’usine du futur va, précisément, dans ce sens.

 

L’homme augmenté

réalitée augmentéeLes robots restent ce qu’ils sont : des outils au service de l’homme. La dialectique n’est pas celle d’une cannibalisation de l’un par l’autre dans l’usine, mais d’une relation symbiotique. L’un a besoin de l’autre pour donner le meilleur de lui-même, et vice-versa. L’introduction de la robotique dans les usines représente, en ce sens, un progrès pour l’homme.

L’usine de L’Oréal de Rambouillet – lauréate du Trophée de l’Excellence Industrielle, organisé par L’Usine Nouvelle et l’Insead – en donne une très bonne illustration. En 2011, les responsables de ce site de 28 000 m² ont décidé de mettre en place des véhicules robotisés pour gérer 100% des opérations logistiques à l’intérieur de l’usine. Les opérateurs n’ont pas été remplacés ; ils sont montés en compétences en devenant responsables de l’optimisation des trajets des véhicules automatisés. Les collaborateurs sont également encouragés à participer à l’amélioration continue de la productivité du site, en identifiant les causes des arrêts des lignes de fabrication et en proposant des innovations.

L’usine du futur, grâce à un plus haut niveau de robotisation et d’automatisation, permet de faire monter les opérateurs en compétences. Cette équation passe par la nécessité de donner l’accès aux outils technologiques au plus grand nombre dans l’usine, et non pas uniquement à quelques responsables. Programmer les robots, les manipuler, mais également maîtriser les autres logiciels de gestion qui permettent de piloter la production sont autant d’évolutions vertueuses pour l’ouvrier.

Certains types d’applications métier se sont fortement démocratisés dans l’entreprise ces dernières années, comme par exemple les applications analytiques et de business intelligence. Le développement d’interfaces plus conviviales et de versions mobiles adaptées à tous types de terminaux – y compris les smartphones personnels – n’a fait qu’amplifier cette tendance. C’est aujourd’hui au tour des applications de gestion des approvisionnements, de gestion d’entrepôt ou d’ordonnancement d’être mises entre les mains de plus d’utilisateurs métier dans l’usine et sur le terrain.

Pour être un modèle compétitif et attractif, l’usine du futur a besoin d’outils technologiques avancés, d’innovations et de processus toujours plus optimisés. Mais, au-delà de leur choix et de leur déploiement, c’est sur l’utilisateur que l’attention doit être portée. L’efficacité d’une technologie ne réside pas uniquement dans la puissance de ses algorithmes et la pertinence de son périmètre fonctionnel, mais également dans sa capacité à être utilisée par tous. Le confort de travail, la montée en compétences et la participation active à l’amélioration continue des processus de production en sont de plus en plus dépendants.

 

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